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"Sous-traitance BTP : les 5 obligations du donneur d'ordre (et ce qu'elles coûtent si on les oublie)"

4 min de lectureBassem MAHJOUB, expert-comptable

Dans le BTP, sous-traiter est banal. Ce qui l'est moins, c'est de le faire dans les règles : la plupart des obligations pèsent sur le donneur d'ordre, et leur oubli coûte cher — solidarité sur les dettes sociales et fiscales du sous-traitant, amendes de TVA, risque de payer deux fois le même chantier. Voici les cinq réflexes à verrouiller avant de signer.

1. Le devoir de vigilance : l'attestation URSSAF tous les 6 mois

Dès que le contrat atteint 5 000 € HT, vous devez vérifier que votre sous-traitant est à jour de ses obligations sociales : attestation de vigilance URSSAF à obtenir à la signature puis tous les six mois jusqu'à la fin du contrat, avec vérification de son authenticité sur le site de l'URSSAF. Sans cela, en cas de travail dissimulé chez le sous-traitant, vous êtes solidairement responsable de ses cotisations, impôts et pénalités. C'est le risque financier le plus lourd du dossier — et le plus simple à éviter : un rappel calendaire et un classeur (même numérique) suffisent.

Complétez par les vérifications de base : extrait Kbis ou équivalent, attestation d'assurance décennale couvrant l'activité sous-traitée, et liste des salariés étrangers soumis à autorisation de travail le cas échéant.

2. L'autoliquidation de TVA : c'est vous qui la déclarez

Pour les travaux de construction sous-traités — bâtiment comme travaux publics — le sous-traitant facture hors taxe avec la mention « autoliquidation », et c'est le donneur d'ordre qui déclare la TVA sur sa propre CA3. Si votre sous-traitant vous facture de la TVA à tort, vous ne pouvez pas la déduire.

Si vous oubliez d'autoliquider, la sanction est plus mesurée qu'on ne le croit souvent : dès lors que vous remplissez les conditions pour déduire intégralement cette TVA, l'opération reste neutre en principal — il n'y a pas de rappel de taxe. En revanche, l'administration applique une amende de 5 % du montant de la TVA déductible (article 1788 A, 4 du CGI). Sur un volume de sous-traitance annuel, l'addition monte vite. Le circuit complet (qui est concerné, comment remplir la déclaration, les pièges de facturation) est détaillé dans notre article sur l'autoliquidation de TVA dans le BTP.

3. Faire accepter le sous-traitant par le maître d'ouvrage

La loi de 1975 impose de présenter chaque sous-traitant au maître d'ouvrage pour acceptation, et de faire agréer ses conditions de paiement. Négliger cette formalité vous expose des deux côtés, et il faut distinguer deux mécanismes que l'on confond souvent :

  • En marché privé, le sous-traitant dispose d'une action directe contre le maître d'ouvrage, qu'il ait été présenté ou non : un mois après une mise en demeure adressée à l'entrepreneur principal restée sans effet, il peut réclamer son dû directement au maître d'ouvrage. Résultat : vous risquez de payer deux fois le même travail.
  • En marché public, c'est l'inverse : le paiement direct suppose que le sous-traitant ait été accepté et ses conditions de paiement agréées. Ne pas le présenter le prive de ce droit — et engage votre responsabilité envers lui.

Sur les marchés publics, la déclaration de sous-traitance est le passage obligé ; en pratique, elle se fait au moyen du formulaire type DC4.

4. Garantir le paiement du sous-traitant

Toujours issue de la loi de 1975 : en marché privé, le paiement du sous-traitant doit être garanti par une caution délivrée par un établissement qualifié, ou par une délégation de paiement du maître d'ouvrage. Sans garantie, le sous-contrat est nul — et c'est le sous-traitant seul qui peut invoquer cette nullité, y compris une fois les travaux achevés, généralement au pire moment pour vous. Aucun montant plancher n'en dispense. Beaucoup d'entreprises l'ignorent et découvrent la règle au contentieux.

5. Cadrer la retenue de garantie et les comptes de fin de chantier

Si vous appliquez une retenue de garantie à votre sous-traitant, elle obéit aux mêmes règles que celle que votre client vous applique. D'abord, elle n'a rien d'automatique : elle doit être stipulée au contrat. Ensuite, elle est plafonnée à 5 % et libérée de plein droit un an après la réception — sauf opposition du maître d'ouvrage notifiée par lettre recommandée avec accusé de réception dans ce délai. Ce n'est donc pas l'existence de réserves qui bloque la restitution, mais bien cette opposition formelle : la nuance change tout quand on réclame son solde. Le mécanisme complet — et comment récupérer vos propres retenues — est dans notre article dédié. Pensez aussi au décompte final : PV de réception, levée des réserves et solde doivent être écrits, sinon les litiges de fin de chantier s'éternisent.

Le réflexe organisation

Tout cela se joue avant le démarrage : un dossier type par sous-traitant (contrat, attestations, agrément, garantie) et deux alertes calendaires (vigilance à 6 mois, restitution de retenue à 12 mois). C'est le genre de routine que nous mettons en place avec les entreprises du BTP que nous accompagnons, en lien direct avec la tenue comptable et les déclarations de TVA. Un doute sur un chantier en cours ? Parlons-en — nos formules sont ici.

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