Un camion neuf, ce sont plusieurs dizaines de milliers d'euros qui sortent de la trésorerie le jour de l'achat, mais qui ne devraient pas peser d'un seul coup sur le résultat. L'amortissement sert à cela : étaler le coût sur la période où le véhicule travaille pour vous. Mal réglé, il fausse tout le reste : le résultat de l'année, l'impôt, et surtout votre coût de revient kilométrique.
L'amortissement suit l'usage réel, pas un chiffre magique
Il n'existe pas une durée unique imposée pour « un camion ». La durée à retenir est la durée d'utilisation probable dans votre entreprise. Un porteur qui fait 120 000 km par an dans la messagerie ne vit pas la même vie qu'un utilitaire de 3,5 t qui fait du dernier kilomètre en ville.
Dans la pratique, les entreprises de transport retiennent des durées de l'ordre de quelques années pour les tracteurs et porteurs, et un peu plus longues pour les remorques et semi-remorques, qui s'usent moins vite. Ce sont des repères d'usage, pas des règles : l'important est que la durée soit cohérente avec le temps où vous gardez réellement le véhicule. Sur le plan fiscal, l'amortissement n'est déductible que dans la limite de ceux « généralement admis d'après les usages » de la profession (article 39 du Code général des impôts) : une durée nettement plus courte que l'usage doit pouvoir se justifier.
L'amortissement dégressif, lui, n'est pas ouvert à tous les véhicules : il suppose un bien acquis neuf, d'une durée normale d'utilisation d'au moins trois ans et utilisé à des opérations industrielles de transport. Les camions, remorques et semi-remorques y ouvrent droit ; les camionnettes seulement si leur charge utile atteint au moins deux tonnes ; les voitures de tourisme en sont exclues. Le taux linéaire est alors multiplié par 1,25, 1,75 ou 2,25 selon la durée d'utilisation (article 39 A du même code).
Le piège classique : amortir trop vite ou trop lentement
- Trop vite : vous amortissez sur 4 ans un camion que vous revendrez à 8 ans. Vos résultats sont artificiellement bas pendant 4 ans, puis artificiellement hauts.
- Trop lentement : vous amortissez sur 10 ans un véhicule qui sera réformé à 6 ans. À la sortie, vous constatez une grosse moins-value qui fait chuter l'année du changement.
Dans les deux cas, ce n'est pas l'impôt total qui change à long terme, c'est la lisibilité de vos chiffres : vous ne savez plus si une année est bonne ou mauvaise.
Le point de départ : la mise en service, pas la facture
L'amortissement commence à la date de mise en service du véhicule, c'est-à-dire quand il est prêt à rouler pour l'entreprise, pas à la date de la commande ni du paiement. Un camion livré en décembre mais carrossé et immatriculé en février ne s'amortit qu'à partir de février. Conservez la facture, la carte grise et le procès-verbal de livraison : ce sont vos justificatifs.
L'approche par composants : quand un seul véhicule se découpe en plusieurs actifs
Quand certains éléments d'un véhicule ont une durée de vie nettement différente du reste, la comptabilité demande de les suivre séparément : c'est l'approche par composants. Exemples fréquents dans le transport :
- le groupe frigorifique d'un véhicule réfrigéré, plus fragile que le châssis ;
- le hayon élévateur ou la grue ;
- la benne ou la caisse, plus longue à vivre que la motorisation.
L'entretien courant reste en charges : seuls les éléments principaux, dont la durée d'utilisation diffère de celle du véhicule et qui devront être remplacés avant sa réforme, entrent dans cette logique. Attention au remplacement imprévu d'un élément essentiel, comme un moteur après une casse : s'il conditionne la poursuite de l'utilisation du camion, il s'immobilise comme un composant, et la valeur nette de l'ancien moteur passe en charges. Il suffit d'une ligne par composant dans le tableau des immobilisations ; cela évite de tout amortir sur la durée du châssis alors que le groupe frigo sera remplacé deux fois.
Les grosses révisions programmées (moteur, boîte) demandent une vigilance particulière. En comptabilité, les dépenses relevant d'un programme pluriannuel de gros entretien ou de grandes révisions sont soit suivies comme un composant distinct, soit couvertes par une provision pour gros entretien. Sur le plan fiscal, l'administration considère que ces dépenses d'entretien restent des charges : ce composant dit « de seconde catégorie » n'a pas de plan d'amortissement propre et s'amortit sur la durée du véhicule, ce qui impose des retraitements extra-comptables, tandis que la provision reste déductible si elle respecte les conditions générales. Le choix se décide avec votre comptable.
Revente : la valeur nette comptable contre le prix de vente
Le jour où vous vendez ou réformez le camion, on compare sa valeur nette comptable (prix d'achat moins amortissements cumulés) au prix obtenu :
- Prix supérieur à la valeur nette comptable : plus-value, imposable. Dans une société à l'impôt sur les sociétés, elle s'ajoute simplement au résultat imposable, le régime du long terme ne s'appliquant pas aux véhicules. Dans une entreprise à l'impôt sur le revenu, elle est à court terme si le camion est détenu depuis moins de deux ans, et au-delà à hauteur des amortissements déduits ; le surplus éventuel relève du long terme.
- Prix inférieur : moins-value, qui vient en déduction du résultat (pour un bien amortissable, c'est toujours une moins-value à court terme).
C'est pourquoi une durée d'amortissement réaliste est précieuse : elle rapproche la valeur comptable de la valeur de marché et évite les mauvaises surprises à la revente. Si le concessionnaire reprend votre ancien camion en échange d'un nouveau, cette reprise s'analyse aussi comme une vente, avec ses propres écritures.
Achat, leasing ou crédit-bail : l'amortissement n'est pas le seul critère
Selon que vous achetez ou que vous louez, la charge ne s'inscrit pas au même endroit dans vos comptes. Notre article Camions : leasing ou achat ? détaille la comparaison. Retenez que l'amortissement ne représente qu'une partie du coût réel d'un véhicule : s'y ajoutent le financement, l'assurance, l'entretien et la valeur de reprise.
Ce que votre comptable doit tenir à jour
- un tableau des immobilisations à jour : date de mise en service, valeur, durée, composants ;
- une revue annuelle des durées : un véhicule gardé plus longtemps que prévu doit voir son plan ajusté ;
- le rapprochement avec vos coûts au kilomètre : l'amortissement est l'une des quatre grandes lignes de coût d'un véhicule, avec le carburant, le personnel et les frais fixes ;
- l'impact sur votre capacité financière, calculée à partir de vos capitaux propres.
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Sources
- Code général des impôts, article 39 (amortissements admis d'après les usages), legifrance.gouv.fr, consulté le 14/10/2026
- Code général des impôts, article 39 A (amortissement dégressif et coefficients), legifrance.gouv.fr, consulté le 14/10/2026
- BOI-BIC-AMT-20-20-20 : amortissement dégressif, biens concernés (bien neuf, durée d'au moins trois ans), bofip.impots.gouv.fr, consulté le 14/10/2026
- BOI-BIC-AMT-20-20-20-10 : biens éligibles au dégressif selon leur nature (camions, camionnettes de deux tonnes, voitures de tourisme exclues), bofip.impots.gouv.fr, consulté le 14/10/2026
- BOI-BIC-AMT-20-10 : amortissement linéaire, point de départ à la mise en service, bofip.impots.gouv.fr, consulté le 14/10/2026
- Plan comptable général (règlement ANC n° 2014-03, version au 1er janvier 2026), articles 213-19, 213-20, 214-9, 214-10 et 214-12, anc.gouv.fr, consulté le 14/10/2026
- Code général des impôts, annexe II, article 15 bis (méthode par composants), legifrance.gouv.fr, consulté le 14/10/2026
- BOI-BIC-CHG-20-20-20 : dépenses sur immobilisations existantes (remplacement d'un moteur de camion, gros entretien et grandes révisions), bofip.impots.gouv.fr, consulté le 14/10/2026
- Code général des impôts, article 39 duodecies (plus et moins-values à court et long terme), legifrance.gouv.fr, consulté le 14/10/2026
- Code général des impôts, article 219 (fin du long terme pour les éléments d'actif des sociétés à l'IS), legifrance.gouv.fr, consulté le 14/10/2026
- Accès et exercice de la profession de transporteur de marchandises (capacité financière en capitaux propres), ecologie.gouv.fr, consulté le 14/10/2026
Mis à jour le 14/10/2026.
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